Je m’appelle Denyse Thériault, je suis militante à ROSE du Nord depuis maintenant 10 ans.  Grâce à mon implication à ROSE, je suis également devenue déléguée du comité Femmes du Front Commun des personnes assistées sociales du Québec en 2011.

Étant donné que le comité Femmes est membre de la Coordination du Québec de la Marche Mondiale des Femmes (CQMMF), en 2016, j’ai été élue pour représenter les femmes du Québec qui vivent en situation de pauvreté et de précarité, au nom de la CQMMF.

Je suis allée avec ma délégation représenter le Québec à la dixième rencontre internationale de la Marche Mondiale des Femmes qui s’est tenue à Maputo au Mozambique.

Mais Oh, Quel Scandale! Plus de sept jours!

La coupure qui en a résulté est particulièrement ironique.

Cette organisation, la Marche Mondiale des Femmes, lutte solidairement pour un monde sans aucun système d’oppression, tel que le capitalisme et le patriarcat. Un projet basé sur les 5 valeurs de la charte de la Marche Mondiale des Femmes pour l’humanité : l’égalité, la liberté, la solidarité, la justice et la paix. Un projet mondial porteur d’espoir qui est né à la suite de la Marche du Pain et des Roses qui s’est tenue à Québec en 1995.

Comme militante féministe, j’étais très honorée de pouvoir donner une voix aux femmes en situation de précarité du Québec à cette rencontre internationale de la Marche Mondiale des femmes, pendant ces 11 jours. Le gouvernement du Québec, lui, a plutôt considéré utile de me punir en me retirant 25% de ma prestation d’aide de dernier recours, brimant ainsi mes droits fondamentaux, le droit de couvrir mes besoins de base et le droit à la libre circulation.

Effectivement, en novembre, le mois suivant mon retour, j’ai reçu une lettre disant que j’avais une dette envers le ministère. Un ‘trop versé’, comme ils le disent. Je considère cette coupure comme étant discriminatoire, inhumaine et punitive.

J’ai contesté la décision de cette coupure parce qu’elle va à l’encontre de la Charte canadienne des droits et libertés et de la Charte québécoise des droits de la personne qui garantissent le droit à la liberté de mouvement. Au début de ma contestation, aucun avocat n’a accepté de me représenter, accentuant ainsi mon sentiment de discrimination.

Je suis une citoyenne comme vous toutes et tous et je crois que nous devons toutes et tous avoir les mêmes droits.

Si tout le monde avait effectivement les mêmes droits cela serait un bon premier pas pour vivre dans une société plus égalitaire

Quand je pense à cette coupure, je pense à mes parents. Quand mes parents étaient encore vivants, ils habitaient en Ontario, et durant la période des fêtes, je passais 15 jours avec eux. Aujourd’hui ce ne serait plus possible à cause de cette coupure. Combien de personnes sont désormais privées de contact avec leur famille, que ce soit pour la période des fêtes, pour un mariage, un baptême, ou tout simplement pour un accompagnement de fin de vie d’un proche, à cause de ce règlement ?

Comme militante de la Marche Mondiale des Femmes, et porteuse de ses valeurs, je me bats pour la liberté de circulation des prestataires d’aide sociale du Québec. Pour que nous soyons reconnu.e.s en toute égalité comme citoyenne et citoyens à part entière.

Mon recours a finalement été annexé à celui de  2 autres personnes dans un recours commun pour contester et faire tomber  le règlement interdisant aux personnes bénéficiant d’aide de dernier recours de quitter la province pour plus de 7 jours consécutifs. Les audiences devaient se tenir du 2 au 5 décembre dernier.

Cependant, après quatre ans d’angoisse à attendre la tenue du procès, 21 jours avant le début des audiences, le ministère a décidé de me donner gain de cause sous prétexte d’une erreur administrative de leur part. Cela a mis fin au litige me forçant à abandonner mon recours.

Même si mon dossier n’était plus en cause, c’était important pour moi de me rendre à Montréal et de soutenir les autres personnes qui vivent cette situation de discrimination et qui n’ont pas nécessairement le courage  et les ressources de contester leur coupure. Ça m’a aussi permis de mieux comprendre la complexité du système, et de le voir en action. Les procédures légales, ainsi que le vocabulaire utilisé n’ont fait qu’amplifier mon sentiment d’impuissance devant la machine judiciaire.

J’ai pris parole le 2 décembre dernier devant le Tribunal Administratif du Québec (TAQ) pour que ce tribunal accorde une réelle justice et que le ministère de la Solidarité sociale soit contraint de mettre en place une véritable solidarité sociale, sinon c’est la paix sociale qui est menacée.

Plusieurs groupes de défense des droits sociaux  du Québec étaient présents sur place pour nous soutenir et pour suivre les développements de ce dossier :

ROSE du NORD, l’ADDS-QM, l’ADDS Rive-Sud, Projet Genèse, Le Front commun des personnes assistées sociales et plusieurs de leur groupes membres, ainsi que Welfare Rights.

Ces groupes ont d’ailleurs milité en face du Tribunal Administratif du Québec à Montréal une bonne partie de la journée dans le cadre de la campagne Pauvre et Captif.

L’aide sociale c’est un droit, citoyen.ne défends-toi!

Crédit photo: Josie Desmarais/Métro